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Une philosophie antique
La philosophie est devenue avec le temps une discipline où il s'agit principalement de penser, la plupart du temps en s'appuyant sur la lecture des grands textes de l'histoire de la philosophie occidentale.
Je reprends à mon compte la citation de Pierre Hadot à propos de la philosophie antique : « Pour les Anciens, on est philosophe non pas en fonction de l'originalité ou de l'abondance du discours philosophique que l'on a inventé ou développé, mais en fonction de la manière dont on vit. Il s'agit, avant tout, de devenir meilleur. Et le discours n'est philosophique que s'il se transforme en mode de vie. » Philosophika est une philosophie « antique » : elle couvre l'ensemble de ce que l'on fait et de ce que l'on est pour devenir plus sage et pour être plus en paix avec soi-même et avec le monde (j'y reviendrai).
C'est donc un exercice « existentiel » qui se situe dans la lignée de la philosophie de Kierkegaard. Il ne s'agit pas de la recherche d'une vérité objective, comme dans le travail scientifique, mais d'une vérité subjective, qui soit vraie pour moi ou pour autrui sans chercher à savoir si cela vérifiera pour tout le monde, en tout temps et en tout lieu.
Ainsi, je m'appuie sur des concepts et des traditions dont je ne cherche pas à savoir s'il faut y croire ou si elles sont vraies. J'invite juste à les accepter comme des hypothèses utiles. Gilles Deleuze considérait que la philosophie est l'art de « créer des concepts ». Philosophika s'appuie sur des concepts (re)créés pour être utiles afin de mieux vivre sa vie.
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Une philosophie des corps
Philosophika s'exerce dans nos corps et non de manière abstraite. C'est un exercice autre que la seule logique qui peut quant à elle se déployer de la même manière chez toutes et tous, y compris chez des machines. Philosophika se situe au contraire nécessairement dans une incarnation et ne peut pas, à ce titre, être menée par une IA.
La conceptualisation de cette incarnation s'appuie sur l'idée que nous avons plusieurs corps. L'hindouisme des Upanishads expose que nous avons cinq « koshas », cinq enveloppes corporelles, un peu comme les couches d'un oignon :
- Le corps physique (« annamaya kosha ») — « anna » signifiant « nourriture » en sanskrit, c'est le corps dont on parle dans le langage courant, ce qui fait que nous sommes « en chair et en os ».
- Le corps énergétique (« pranamaya kosha ») — « prana » signifiant « souffle », c'est la force vitale qui anime le corps physique et le quitte après le « dernier souffle ».
- Le corps mental et émotionnel (« manomaya kosha ») — « manas » signifiant « pensées », c'est le siège de nos pensées et de nos émotions qui fluctuent en fonction de ce qui se passe dans nos vies.
- Le corps de sagesse (« vijnanamaya kosha ») — « vijnana » signifiant « discernement », il désigne la sagesse fondée sur les connaissances expérimentées et intégrées tout au long de notre vie.
- Le corps de paix (« anandamaya kosha ») — « ananda » signifiant « félicité », il désigne la joie profonde que l'on goûte à certains moments quand nous sommes en paix avec nous-même et avec le monde.
Il existe d'autres typologies, avec par exemple les dix corps du Kundalini Yoga ou encore les sept de l'approche théosophique. Encore une fois, on ne se préoccupe pas de savoir ce qui est vrai ou faux, et j'en reste aux concepts qui me paraissent utiles dans notre contexte du XXIe siècle.
Étant donnée l'évolution technologique récente, je rajoute un sixième corps : le corps numérique. Il désigne le temps que je passe sur les écrans et la manière dont je me sers notamment des réseaux sociaux et de l'IA. Je le place quelque part entre le corps émotionnel et le corps de sagesse, aux côtés du corps mental.
Enfin, je rajoute un corps émotionnel et l'isole du corps mental (la théosophie le nomme « corps astral »). Il me paraît important de séparer pensées et émotions, car la philosophie occidentale a trop souvent laissé de côté le « pathos » pour chercher à ne rester uniquement dans le « logos ».
Dans la conception cartésienne, seuls existent le corps physique et le corps mental, ces deux corps étant séparés de sorte que l'esprit peut fonctionner indépendamment du corps, qui ne serait qu'une « machine ». Mon approche n'est donc pas cartésienne — non pas seulement parce que le corps physique et le corps mental sont interdépendants (Damasio a par exemple très bien montré en ce sens que « Descartes avait tort »), mais aussi parce que les émotions jouent un rôle déterminant et que le « je » ne doit pas être identifié au seul corps mental, contrairement à la fameuse formule « cogito ergo sum » : « je pense donc je suis ».
Je pars du principe que le siège de notre « je » ne se situe pas uniquement dans le corps mental, mais qu'il s'incarne dans les sept corps. Quand je mange, quand je respire, quand je pleure, quand je scrolle, quand je pense, quand j'apprends ou quand je me sens en paix, je suis tout cela au moment où je le vis — mais je ne suis jamais seulement cela, et je ne m'y identifie pas.
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Une philosophie de la sagesse
La philosophie, c'est étymologiquement « l'amour de la sagesse ». En reformulant avec l'approche par les corps, la philosophie consiste donc à développer et à faire grandir notre corps de sagesse.
Devenir sage commence par le désir d'aller dans le corps de la sagesse, la reconnaissance — comme le disait Socrate — que « je sais que je ne sais rien » et que j'ai besoin d'apprendre, de m'améliorer, de mieux vivre. Être sage, en somme, c'est ne pas en rester uniquement à ce qui se passe dans mes premiers corps, pour chercher à « en faire quelque chose », pour faire grandir ma connaissance de moi et du monde. J'aime cette phrase inspirée de l'oracle de Delphes : « Connais-toi toi-même et tu connaîtras les dieux et l'univers. » La sagesse correspond à ce mouvement réflexif sur soi-même et sur son vécu, pour aboutir à une forme de « remontée anagogique », une élévation dans un autre corps.
Socrate disait que « la vie sans examen ne vaut pas la peine d'être vécue ». Le monde d'aujourd'hui se fonde sur le « business », les affaires. Au fond, il s'agit donc de s'occuper (« busy »), de s'affairer. Je trouve dommage que toutes les ressources du monde soient mobilisées pour s'affairer. Mon idée est de basculer vers un modèle où je donne un sens aux expériences que je vis, y compris le business : gagner en sagesse.
Il ne faudrait pas en déduire cependant que la sagesse consiste à mépriser les premiers corps. Saint François d'Assise a regretté, par exemple, à la fin de sa vie, d'avoir « offensé son frère le corps », et nous invite à ne pas céder au dualisme chrétien (ou cartésien) entre le corps et l'esprit.
La sagesse se fonde sur un apprentissage holistique. Il n'est pas possible de « court-circuiter » les premières enveloppes. La philosophie zen l'exprime par cette formule laconique : « Le zen est l'expérience. Tout ce qui n'est pas expérience n'est pas zen. » Si nous voulons devenir plus sages, nous n'avons pas d'autre choix que d'expérimenter de manière dynamique dans tous nos corps. Il n'est pas possible de devenir sage in abstracto.
Par exemple, c'est en faisant évoluer ce que je mange que j'apprends à voir l'impact de mon régime alimentaire. J'apprends à mieux me nourrir pour mieux vivre, à la fois pour moi et pour les systèmes humains et naturels dont je dépends. Cette sagesse s'acquiert dans tous mes corps : par les réactions de mon appareil digestif, par l'énergie que je sens monter ou descendre, par mes réactions émotionnelles à ce que je mange, par les contenus que je consulte sur mes écrans, les discussions que j'engage sur le sujet, les conseils que je prends auprès de mon entourage ou de professionnels, et mes réflexions sur le sujet.
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Une philosophie de la paix
Philosophika consiste à pousser l'exercice jusqu'au septième et dernier corps, celui de la paix.
Pour définir ce concept, je me fonde sur la conception nietzschéenne de l'« amor fati », ce qu'il nomme aussi le « grand oui à la vie ». Il ne s'agit pas d'une résignation passive, mais d'une acceptation active de ce qui m'arrive, des peines comme des joies, de là où j'en suis, du fait que je m'aime tel que je suis ou au contraire que je me critique pour ne pas être capable de devenir quelqu'un d'autre. Le corps de paix, c'est le lieu de l'acceptation de ce que je suis, de là où j'en suis, avec toutes mes imperfections, mes désirs, mes émotions — bref, avec tous mes corps.
Nietzsche a souffert toute sa vie de neurosyphilis. Il a dû lutter contre cette maladie dégénérative qui lui a fait endurer des migraines chroniques et a fini par le rendre fou. Il nomme la « grande santé » non pas la guérison, mais le fait d'intégrer la souffrance pour s'élever et se « surmonter soi-même ». Atteindre la paix, ce n'est pas chercher à éviter les expériences négatives, qui sont inévitables ; c'est plutôt les accepter comme faisant partie du processus d'apprentissage. Cette citation de Musset illustre bien ce propos : « L'homme est un apprenti, la douleur est son maître. Et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert. »
Une autre manière de parler du corps de paix est de partir du principe que la meilleure métaphore de la vie est le théâtre. La vie consiste à jouer un rôle dans une pièce dont je ne suis pas l'auteur. Je ne peux pas changer la pièce, mais je reste libre de la manière de jouer. Le « je » est un « jeu ».
Pour aller plus loin, je pars du principe que j'étais libre de choisir le rôle. Je m'inscris ici dans la métempsychose décrite par Platon dans La République. Dans ce texte, il décrit la manière dont les âmes choisissent leur future vie après leur mort. Encore une fois, le fait que nous croyions ou non à la réalité de la réincarnation n'a ici aucune importance. L'hypothèse conceptuelle est que nous avons commencé par accepter la vie que nous jouons, et que tout commence par être en paix avec cela.
La paix ne veut pas dire que l'on ne doit pas résister, qu'on ne doit pas se défendre, se battre et innover. Cela veut dire qu'on entreprend en acceptant ce qui est et là où j'en suis. J'ai longtemps voulu changer le monde, et je pense que je me suis perdu. Je ne veux plus changer le monde : je veux changer ma manière d'être au monde, mieux l'(m')accepter pour mieux le (me) transformer.
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Une philosophie des liens
Comment atteindre la paix ? J'ai acquis la conviction que ce sont les liens qui sont le sésame pour y accéder. La séparation est la cause de tous les maux. Pour atteindre la paix, il nous faut nourrir un triple lien : le lien avec autrui, le lien avec la nature et le lien avec soi-même. Je propose trois activités correspondant à chaque type de lien.
Notons au passage que j'utilise le mot « lien », mais j'aurais pu utiliser le mot « amour ». Je ne le fais pas, car ce mot mélange des significations très différentes en français, qui le rendent difficile à utiliser dans ce contexte.
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Le lien avec soi-même : les « consultations de philosophie »
Je propose des séances individuelles qui peuvent se dérouler en visio ou en présentiel pour travailler sur la paix avec soi-même. L'objectif est d'accompagner une personne dans un moment de vie où elle en ressent le besoin. La consultation commence par une question simple (« pourquoi êtes-vous là ? ») et se poursuit par un dialogue maïeutique permettant d'« accoucher » d'une forme de « remontée anagogique », à l'instar d'autres pratiques philosophiques. Elle peut se faire de manière assise, éventuellement sur le sol comme dans le bouddhisme, ou allongée comme dans la psychanalyse, à la discrétion des personnes.
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Le lien avec autrui : les « cafés-philo »
Je propose des ateliers collectifs pour travailler sur la paix avec autrui. L'objectif est de créer un moment d'« opposition créatrice » dans un groupe de personnes qui ne se connaissent pas et ne se sont pas choisies. Contrairement à la consultation, c'est moi qui choisis la thématique ou la question qui sera traitée, et il n'y a pas de caractère confidentiel. Ces séances se déroulent toujours dans un café, cette « agora » des temps modernes permettant un moment de convivialité entre citoyens et citoyennes, mêlant nourritures terrestres et spirituelles.
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Le lien avec la nature : les « randonnées philosophiques »
Je propose enfin des randonnées pour se reconnecter avec la Terre, un peu à la manière d'un pèlerinage, et aussi en référence aux marches « péripatéticiennes » que pratiquait Aristote. Nous marchons en forêt ou en montagne, pour une journée ou pour plusieurs jours, en partant avec une intention dans notre sac à dos, et nous cheminons en groupe.
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